Les débats

Est-ce que votre politique se résume à voir nos outils industriels partir à l’étranger ?

Enjeux de la filière sidérurgique dans la France du XXIe siècle -

Par / 30 octobre 2019

Mois après mois, c’est le même débat, avec les mêmes questions et, malheureusement, les mêmes réponses. Et pendant ce temps, les sites industriels sont délocalisés, avec les emplois perdus et les ravages économiques et sociaux qui vont avec !

Aucun territoire et aucune filière n’ont été épargnés par les fermetures : deux sites d’Ascométal dans la filière électrique ; chez Eramet, l’aciérie électrique de Firminy ; pour les cylindres, Akers, et Vallourec a fermé ses laminoirs de Saint-Saulve et de Déville-lès-Rouen ; dans la filière fonte, c’est l’arrêt de Florange. Entre 2013 et 2017, la sidérurgie a perdu près de 10 000 emplois directs. Autant de vies et de savoir-faire détruits au nom de la compétitivité. Une véritable hécatombe !

Or le Gouvernement continue à verser les mêmes larmes de crocodile et à dire qu’il faut « approfondir notre réflexion pour encourager la renaissance d’une politique industrielle ».

Nous, nous continuons à formuler des préconisations, dont bon nombre sont contenues dans l’excellent rapport de notre collègue Valérie Létard. Soit les solutions que nous défendons depuis quinze ans sont erronées, soit il y a une volonté non assumée de sacrifier la sidérurgie et, par là même, notre tissu industriel, sur l’autel du profit. Si c’est cela, il faut le dire clairement !

Combien de temps allons-nous encore constater la faiblesse de l’État actionnaire face aux appétits capitalistes et l’absence de stratégie industrielle sur le long terme ?

Est-ce que votre politique industrielle se résume à voir nos outils industriels partir à l’étranger, à être naïfs dans la guerre économique, à subventionner les entreprises à hauteur de 200 milliards d’euros sans demander de contreparties en termes d’emplois et d’investissements en attendant que la « main invisible » du marché vide la France de son industrie ?

Ou alors allez-vous enfin interdire les délocalisations de site dans les filières que nous considérons comme stratégiques et mener une politique industrielle audacieuse, en commençant par nommer un ministre de l’industrie ? (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE et SOCR, ainsi que sur des travées des groupes Les Républicains et UC.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances. Monsieur le sénateur, je ne partage pas du tout votre présentation.

M. Fabien Gay. J’espère bien ! (Sourires.)

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. En effet, force est de constater que l’emploi industriel a progressé dans ce pays en 2017, en 2018 et en 2019.

M. Fabien Gay. Tous les jours, des entreprises ferment !

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Toutefois, vous avez raison, ce n’était pas le cas auparavant ! (Exclamations sur les travées des groupes CRCE et SOCR.)

Les faits sont têtus, monsieur le sénateur ! De 2000 à 2016, nous avons systématiquement détruit de l’emploi industriel chaque année, allant jusqu’à détruire plus de 100 000 emplois industriels certaines années. Il faut prendre les chiffres tels qu’ils sont.

Oui, il y a une politique industrielle dans ce pays ! Oui, elle est mise en œuvre dans le cadre des contrats stratégiques des filières des territoires d’industrie ! Si Ascoval fonctionne aujourd’hui, sachez-le, c’est parce qu’il y a eu une action déterminée du Gouvernement !

M. Fabien Gay. Non ! Des élus locaux !

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Monsieur Gay, il ne faut pas se payer de mots. Observez les faits !

L’action du Gouvernement permet aujourd’hui de regrouper les acteurs de la filière, pour se consacrer à des projets concrets, qui permettent de financer non seulement l’innovation, mais également la transition écologique et énergétique.

En outre, elle est menée à l’échelon européen, avec le mécanisme d’inclusion carbone, sur lequel nous sommes en train de travailler avec nos amis néerlandais, nos amis allemands, nos amis espagnols. Pour ma part, je conduis ces négociations ; je ne suis pas sur mon siège à attendre que les choses se passent ! (Protestations sur les travées des groupes CRCE et SOCR, ainsi que sur des travées des groupes Les Républicains et UC.)

M. Fabien Gay. C’est comme cela que vous considérez les parlementaires ?

M. Jean-Marc Todeschini. Quelle arrogance !

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Sachez qu’il y a des relocalisations de sites industriels en France ! C’est la réalité.

Je ne vous dis pas que cette bataille sera gagnée en matière industrielle. Nous le savons tous, ce qui nous attend, avec les tensions commerciales, sera difficile.

Néanmoins, ce que je puis vous dire, c’est que, au Gouvernement, nous ne resterons pas les bras croisés. Nous n’allons pas non plus nous contenter de distribuer les bons et les mauvais points. Nous sommes là pour accompagner les entreprises dans leurs transformations ! (Exclamations sur les travées des groupes CRCE et SOCR.)

M. Fabien Gay. Toujours les mêmes discours !

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